Les vivants et les morts

Si on a longtemps interprété Carnac comme un site religieux, plusieurs constructions dans et à côté des alignements sont bien des monuments funéraires.

Vue de Nuit, les alignements de Kermario

© Christian Gluckman / Centre des monuments nationaux

     

Carnac, un site funéraire ?

Plusieurs types de tombeaux mégalithiques sont présents à Carnac.

Un tertre est une forme de tombe recouverte d'une masse de terre mélangée à de petites pierres dans lequel le défunt est accompagné d'objets.

Ce mobilier archéologique funéraire est aujourd'hui visible notamment au Musée de Préhistoire de Carnac. 

Un tertre est généralement une sépulture de type individuel, c'est-à-dire qu’il est prévu pour un seul défunt, en tout cas pour un seul moment d'inhumation. Il est fermé : ni porte, ni couloir.

   

Alignements de Kermario, entrée du dolmen Lann-Mané-Kermario

© Daniel Chenot / Centre des monuments nationaux. 

  

Un dolmen comme celui de Kermario  est également  un monument funéraire  mais avec une ou plusieurs chambres  pouvant accueillir plusieurs défunts en une ou plusieurs fois, avec un couloir d'accès permettant de réaccéder durant un temps au tombeau. Celui-ci était recouvert d'un tumulus, masse de terre, ou d'un cairn, construction de pierres sèches.

Ce qui est incroyable, c’est que ces tombes nous en disent beaucoup sur le mode de vie de l’époque :

  • La société était bien hiérarchisée. Seulement une petite catégorie de la population, probablement l'élite, était inhumée dans des sépultures mégalithiques (du moins au début).
  • Les bâtisseurs devaient être nombreux pour pouvoir mener à terme ce chantier spectaculaire… et tout cela pour une seule ou quelques personnes !
  • Certains de ces monuments sont plus anciens que les alignements puisque ceux-ci passent par-dessus, comme dans le cas du tertre du Manio. 

    

Il s’agit d’une information clé : il y a eu plusieurs phases de constructions mégalithiques s'étalant sur plusieurs centaines d'années… Et le résultat que nous avons devant les yeux est finalement une combinaison de plusieurs histoires

   

Tumulus Saint Michel, entrée de la galerie est       

© Pierre Converset / Centre des monuments nationaux 

      

Le Tumulus Saint Michel de Carnac 

Prés de 35 000 m3 de matériaux savamment agencés dés le début du 5e millénaire avant notre ère, soit très anciennement pour un tombeau mégalithique de ce type, constituent la colline artificielle sur laquelle trône une chapelle dédiée à Saint-Michel.

Cette architecture funéraire monumentale témoigne de façon spectaculaire des compétences techniques remarquables, d'une organisation particulièrement aboutie des bâtisseurs, et surtout d'une hiérarchie sociale confirmée par la qualité et le prestige du mobilier retrouvé à l’intérieur.     

En effet, le tumulus Saint-Michel, fouillé par les archéologues dans la seconde moitié du XIXe siècle et au tournant du XXe siècle, correspond bien à une sépulture de dimensions gigantesques à l’origine destinée à une seule ou quelques personnes choisies, inhumées dans un caveau fermé au coeur de la masse du monument.

La matière première de ces objets funéraires (grandes haches polies en jadéite des Alpes italiennes par exemple) associée à la finesse du polissage témoignent du rang social particulièrement élevé du défunt.

Le choix de l’emplacement du monument participe pleinement à sa dimension exceptionnelle : le point culminant du territoire. Ainsi visible de tous et de partout, le monument désormais restauré par le Centre des monuments nationaux, permet, une fois le sommet atteint, de bénéficier d’un panorama unique.

      

Nuit scintillante, édition 2018 de Skedanoz

© Thomas Thibaut / Centre des monuments nationaux

           

Carnac, un passage vers un autre monde ?

Revenons aux alignements. Essayons de comprendre ce à quoi ils pouvaient bien servir… Faisons table rase. Et s'il fallait non pas en longueur mais de côté! et si ces rangées discontinues matérialisaient une séparation?  On se trouverait alors devant une volonté de délimiter l’espace.

Quelle serait alors la signification de cet agencement ? Franchir, traverser, passer « de l’autre côté » … Une frontière en quelque sorte !

Cette limite construite serait alors un seuil, une barrière symbolique, entre la terre et la mer, le littoral et l'intérieur, voire le monde des vivants et celui des morts … Mais cela n’est qu’une hypothèse bien sûr, le mystère ne peut que perdurer aussi longtemps que les alignements… !

        

Bouton le mystère de Carnac

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